Droits des victimes et violences institutionnelles (2011)

Les données des dernières décennies dans le domaine de la violence sociale sont davantage marquées par une individualisation de la victimisation. Sans doute est-ce une volonté de mettre en valeur le sujet social plutôt que de pointer l’objet de la criminalité. Dans la foulée de la désinstitutionnalisation et du développement de systèmes de plaintes et recours pour les citoyens et citoyennes, on serait en droit de s’attendre à une diminution de l’incidence de la violence institutionnelle. À plus forte raison, si l’on prend en compte l’accessibilité apparente du système de justice. Cependant, ce dossier de Les Cahiers de PV démontre le contraire. Loin de s’être atrophiée, la violence institutionnelle s’est consolidée dans de nouvelles formes. Et ces dernières se cristallisent dans des enjeux de pouvoir, au sens de Michel Foucault, et demeurent un enjeu sociétal de taille.

En 2005, Myriam Lagraula-Fabre titrait ainsi son ouvrage La violence institutionnelle: une violence commise sur des personnes vulnérables par des personnes ayant autorité. L’auteure y poursuit les travaux de Tomkiewicz, pour qui « toute institution sécrète de la violence ». Elle s’y interroge notamment sur la nécessité de mesurer l’impact des circonstances d’autorité et de vulnérabilité qui s’intensifient au contact l’une de l’autre, « ajoutant tout à la fois à la force de l’auteur et à l’impuissance de la victime ». Un autre questionnement de l’auteure porte sur la nécessité de contrôler et de prévenir cette forme de violence.

C’est dans cette optique que l’AQPV a déterminé le contenu de ce dossier. Sans prétendre à l’exhaustivité, ses pages présentent de multiples dimensions de la question et plusieurs des populations dont la sécurité est mise en danger par des institutions censées les protéger. L’on parle ici de jeunes en hébergement dans des unités d’encadrement intensif, de personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, de personnes en situation de handicap ou de personnes aînées en milieu d’hébergement.

Ce dossier traite aussi des écueils dans la reconnaissance des droits et dans l’exercice des recours de personnes victimes d’institutions telles l’Église catholique, les hôpitaux, les services de police ou les ministères et organismes publics.